La Presse : « Les anciennes voitures se font belles à Mégrine »

Article publié le 27/05/2013 sur le journal La Presse

Majestueuses, sublimes, authentiques et toujours radieuses. Elles se font de plus en plus belles au fil du temps sans égratignures, sauf pour quelques-unes. Les anciennes voitures tunisiennes, dont certaines de collection, commencent à apprendre le chemin de Mégrine où «Kharjet l’Antika» se confirme en tant qu’événement phare pour les voitures anciennes en Tunisie.

Organisé pour la deuxième année consécutive par l’Association de Mégrine pour l’innovation et la sauvegarde (AMIS), ce rendez-vous de tous genres d’anciennes voitures marque l’anniversaire de ladite jeune et active association qui se veut proche de la communauté de Mégrine. En effet, pour fêter son 2ème anniversaire, AMIS a organisé, hier, une journée ouverte pour adorer l’ancienne voiture avec notamment une exposition qui a regroupé une quarantaine de bolides dont des coccinelles, des tractions, des 2 CV, des 403, 203 et 404 Peugeot, des 4L, des Mini Austin, une DS et autres Citroën, une Chevrolet sport, une Rolls Royce de 1976, une Alfa Romeo et bien d’autres joyaux en mode cabriolet ou tunisifiés qui remontent à 40 ou 50 ans et plus.

C’était une ambiance de kermesse devant la maison des jeunes de Mégrine, dans un cadre naturel typique entouré de vieux eucalyptus. En la présence d’un public venu assez nombreux, en famille notamment, l’exposition a permis aux moins jeunes de faire un flash-back à une certaine époque de leur jeunesse, alors que les jeunes et enfants ont découvert et redécouvert les voitures des années 50, 60, 70 et 80. Des voitures qui étaient les stars de la journée. Tout le monde s’est pris en photo avec l’un de ces bijoux. Les jeunes prenant  le volant n’ont pu s’empêcher d’arborer de larges sourires alors que leurs yeux étaient braqués sur les tableaux de bord avec les numéros des afficheurs de vitesse inscrits en gros caractères et autres leviers de vitesse, intérieurs et chaises d’origine…

La quarantaine de voitures et une vingtaine de Vespa du Club de Vespa Tunisie et d’autre venues de Hammamet ont toutes défilé à travers les rues de Mégrine. Le départ s’est fait à partir de la maison des jeunes de Mégrine-Coteaux, et Mohamed Haikel Komsi et son équipe de l’AMIS n’ont pas arrêté de bouger ici et là veillant à la bonne organisation de cette journée très sympathique. Plusieurs puristes, des vieux de la vieille, étaient en mode spectateurs et passaient leur savoir-faire aux jeunes qui se posaient des tas de questions sur les origines des voitures et sur la mécanique qui diffère d’une voiture à l’autre.

Une passion de père en fils

Abdelhamid Moussa, ex-décorateur et préférant la retraite pour s’occuper des joyaux qu’il possède, est venu à bord de sa majestueuse DS, couleur d’origine vert pomme, qu’il a achetée de la maison Citroën en 1981 et qui reste intacte et brillante avec son alliage en aluminium. «Je suis citroëniste depuis 1962. J’ai eu des 2 CV puis deux Tractions avant dont l’une est âgée de 60 ans. Je possède une Pony, une Citroën BX, que j’ai achetée neuve en 1984, et cette DS. En tant que décorateur je m’intéresse à beaucoup de choses dont la  collection des choses antiques telles que les monnaies, les radios anciennes, les timbres, les plantes grasses, et bien sûr les voitures. Je viens de remettre à neuf une 2 CV tout comme j’ai fait avec ma DS et c’est une occupation pour moi avant tout. Je compte vendre la DS puisque je commence à vieillir et je ne peux plus m’occuper de toutes ces voitures dont l’entretien nécessite beaucoup de patience et de temps», a enchaîné Abdelhamid qui a évalué sa DS à 55 mille dinars. Avec les anciennes voitures le prix n’est qu’un détail, l’originalité et l’âge sont essentiels…

A bord de sa Coccinelle beige datant de 1971, Sadok Echikh, la trentaine et membre de l’Association tunisienne de la protection routière, affirme que cette passion pour les Coccinelles, il l’a héritée de son père. Sadok a ajouté : «Il en avait une depuis que j’étais enfant. Il n’y a pas trop longtemps, il m’a informé qu’il comptait la vendre, alors je l’ai supplié de ne pas le faire. Mais hélas, alors que j’étais en déplacement, il a vendu sa Coccinelle, ce qui m’a donné une grande volonté d’aller en acheter une. Et j’y suis parvenu il y a trois ans. J’ai acheté cette même Coccinelle chez un collectionneur et je l’ai retapée. J’ai changé le moteur, la tôle, les pneus, les accessoires, la tapisserie et sa couleur du bleu au beige. Cette petite voiture peut aller jusqu’à 130km/h, mais je reste respectueux du code de la route et j’insiste à ce que tout le monde, notamment les jeunes, fasse les choses dans les règles de l’art. C’est pour leur bien avant tout».

Par ailleurs, l’AMIS s’active sur plusieurs plans dont la sauvegarde du patrimoine architectural et naturel de Mégrine ainsi que sur le plan social, économique et environnemental de cette commune. Dans ce sens, et entre autres projets, elle est en cours de réalisation, en collaboration avec le ministère de l’Education, d’une réhabilitation de l’école primaire Ibn Sina à Mégrine-Coteaux. Comme quoi le travail associatif reste un moyen d’améliorer les choses. C’est toujours une question de volonté avant tout… Bravo AMIS !

Auteur : Nizar HAJBI